samedi 20 mai 2017

Frede, la vraie vie d'un personnage de Modiano


Vous souvenez-vous de Frede ? Patrick Modiano l'évoque dans plusieurs livres, en particulier Remise de peine et Un Pedigree. "Une brune aux cheveux courts, au corps gracile, au teint pâle", écrit-il dans Remise de peine. C'est elle qui, dessinée par Pierre Le-Tan, figure sur la couverture de plusieurs éditions de poche de ce roman.  

Pour mon essai sur Patrick Modiano, en 2011, j'avais tenté de retrouver quelques traces de la véritable Frede, qui dirigeait un cabaret parisien assez connu dans les années cinquante, Le Carroll's. Il a fallu qu'une lectrice attire de nouveau mon attention sur ce personnage pour qu'en 2015, je reprenne l'enquête. Et que je découvre à quel point la troublante "Frede du Carroll's" avait été une femme exceptionnelle. 

Issue de rien, elle se hisse dans le monde de la nuit parisienne jusqu'à en devenir une des plus grandes reines. Extravagante conquérante du cœur féminin, elle ensorcelle les plus belles : Anaïs Nin, Marlene Dietrich, l’actrice mexicaine María Félix ou encore la jeune Lana Marconi, dernière épouse de Sacha Guitry. Dans son antre, le fameux Carroll's, Frede est aussi la première à laisser danser des femmes ensemble, joue contre joue, alors que c'est interdit. Puis elle disparaît comme une étoile au lever du jour, jusqu'à ce que Modiano commence à la sortir de l'ombre. 

Le récit de cette vie hors du commun, Frede, paraît le 24 mai aux éditions Les Equateurs.  

Pour en savoir plus :

vendredi 19 mai 2017

L'iceberg de Modiano

Photo Stringers, Reuters
Chaque jour, le quotidien La Croix publie une photographie d'actualité accompagnée d'une citation. 

La photo publiée le 21 avril 2017 était celle du « premier iceberg de la saison passant près de Ferryland dans l’île de Terre-Neuve au Canada, le 16 avril. » 

La légende, signée Patrick Modiano, est extraite de son discours de Stockholm

« C’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire resurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan. » 

dimanche 26 mars 2017

L'assassinat d'Oscar Dufrenne, un fait divers qui fascine Modiano

Septembre 1934 : le magazine Détective édité par Gallimard 
consacre sa une à l'assassinat de Dufrenne

L'affaire Dufrenne fait partie des faits divers retentissants de l'entre-deux-guerres qui ont fasciné Patrick Modiano, avec l'affaire Stavisky, l'affaire Violette Nozière et l'assassinat d'Alexandre Scouffi. L'écrivain évoque le meurtre de Dufrenne dans plusieurs textes.

Oscar Dufrenne était directeur du Palace, un des principaux music-halls parisiens de l'époque, et conseiller municipal du 10e arrondissement. Le 25 septembre 1933, il est retrouvé mort dans son bureau du Palace, rue du Faubourg-Montmartre, à moitié nu, le crâne fracassé par une queue de billard, enroulé dans un tapis. 

Qui a pu le tuer ? En raison des circonstances du drame et de l'homosexualité de Dufrenne, la police soupçonne un amant de passage, déguisé en marin, que Dufrenne aurait pu rencontrer l’été précédent, à Toulon. Un certain Paul Laborie est arrêté tardivement, en 1935. Toutefois, son procès quelques mois plus tard s'achève par un acquittement. L'affaire ne sera jamais élucidée. Comme l'écrit Modiano, depuis 1933, l'assassin de Dufrenne "court toujours"...

Dessin de Pierre Le-Tan (Memory Lane)
Ce fait divers, qui a défrayé la chronique pendant plusieurs années, les journaux se passionnant soudain pour les hommes "aux moeurs spéciales", a marqué Modiano. L'écrivain s’y réfère une première fois dans Memory Lane : orthographié Dufresne, le directeur du music-hall est présenté comme une connaissance du musicien (fictif) Georges Bellune. 

Dans la préface au Livre blanc de Jean Cocteau, ensuite, l’écrivain se dit "enchanté" par ce que Cocteau évoque : "Toulon, ses mystères, son opium, ses bains publics dont les miroirs sont truqués et surtout ses jeunes marins que les polices de France recherchaient après l’assassinat d’Oscar Dufrenne." 

Dans la pièce Poupée blonde, on peut encore déceler sa trace : il est question d’un artiste homosexuel qui aurait été assassiné par un marin dans un music-hall, lors d’une tournée. Et pour mieux plonger le lecteur dans le bain, une des fausses publicités dessinées par Pierre Le-Tan vante, dès les premières pages, l’"ambiance masculine" du cabaret Le Grand Large. Cet encart est accompagné d’un portrait de marin qui figurait déjà dans Memory Lane, avec la légende : "peut-être l’assassin d’Oscar Dufresne". 

Enfin, dans l'album Paris Tendresse, conçu à partir de photos de Brassaï, Patrick Modiano revient sur la mort de Dufrenne. Il imagine qu’il a été tué par le même homme qu'Alexandre Scouffi, et qu’ils l’avaient rencontré tous les deux au Magic-City, un dancing des années 1930 célèbre pour le bal des "invertis" qui s’y déroulait le mardi gras et à la mi-Carême.

L'affaire Dufrenne a donné lieu à la publication en 2017 d'un intéressant ouvrage de l'historienne Florence Tamagne : Le Crime du Palace. Enquête sur l’une des plus grandes affaires criminelles des années 1930 (Payot, 286 p.). L'introduction débute par une citation de Patrick Modiano. 


Couverture du livre de Florence Tamagne (2017)

dimanche 25 décembre 2016

Un nouveau Modiano dans la collection blanche de Gallimard

Marie Modiano, la deuxième fille de Patrick Modiano, chanteuse, poète et écrivaine, publie le 12 janvier 2017 un nouveau livre intitulé Lointain


C'est le quatrième ouvrage qu'elle signe, après Espérance mathématique (2012), 28 Paradis, 28 enfers (2012, avec sa mère Dominique Zehrfuss), et Upsilon Scorpii (2013), mais le premier dans la prestigieuse collection blanche de la NRF qui a accueilli la plupart des œuvres de son père. 

Présentation par l'éditeur : "Une jeune femme se souvient de ses vingt ans : entre une rencontre sur le pont des Arts avec un écrivain américain à peine plus âgé qu’elle et une interminable tournée théâtrale où elle entrevoit l’envers du décor."

Extrait : «J’ai signé mon premier contrat sans même me demander si je serais heureuse avec ces trente-deux vers à déclamer chaque soir, pendant plus d’un an, dans différentes villes d’Europe et de province. Pour moi, c’était une bouée de sauvetage qu’on me tendait, un moyen de m’échapper grâce à un salaire mensuel fixe. Il fallait fuir. Fuir Paris et les mauvais souvenirs des dernières années qui flottaient dans l’air à chaque coin de rue, tels des rapaces volant à hauteur d’homme, prêts à vous attaquer à chaque instant.» 


Pour en savoir davantage : 



samedi 24 décembre 2016

Modiano et la chanson, par le Harper's Magazine


Patrick Modiano vers 1972
© Louis Monier/Bridgeman Images

Le grand magazine américain Harper's Magazine consacre un long article de sa livraison de janvier 2017 à Patrick Modiano. Non pas au romancier désormais couvert de lauriers, mais au jeune homme qui, au sortir de l'adolescence, a écrit quelques dizaines de chansons avec son camarade de classe Hughes de Courson, dont le succès Étonnez-moi Benoît, popularisé par Françoise Hardy. 

L'écrivain et journaliste américain Peter de Jonge a traversé l'Atlantique pour en savoir plus sur ces quelques années décisives et méconnues. A Paris, il a en particulier rencontré Hughes de Courson ainsi que l'écrivaine Myriam Anissimov, qui a participé à cette aventure et chanté quelques chansons du duo Modiano-de Courson. 

Intitulé The Notes of Patrick Modiano, l'article (en anglais) éclaire d'un jour intéressant la personnalité de Patrick Modiano et la façon dont il a travaillé avec Hughes de Courson, son compère d'alors, avec qui il a ensuite cessé toute relation

Pour consulter l'article, il suffit de cliquer sur ce lien :
http://harpers.org/archive/2017/01/the-notes-of-patrick-modiano/